Samedi 29 avril, le Théâtre de Beausobre à Morges a eu le plaisir d’accueillir les maîtres de différentes écoles, représentant leur art martial ainsi que leurs nombreux élèves prometteurs. Une foule curieuse, des profanes aux adeptes de ces disciplines a rempli tous les sièges de la salle.
A l’occasion de ses 25 ans d’existence, l’école Ming-Ch’uan Kung-Fu s’est faite l’organisatrice de ce 2e gala d’arts martiaux qui n’a pas manqué de passionner un public venu nombreux en cette soirée printanière. Des tout-petits aux plus grands, des profanes aux adeptes des sports à tradition asiatique et orientale, tout un chacun était avide de se plonger dans cet univers du combat martial. Certes aussi une occasion pour les différentes écoles de promouvoir ces disciplines sportives déjà très en vogue dans nos sociétés occidentales et qui au cours des dernières années ont connu un essor remarquable à l’échelle internationale.
La présence de Dan Schwarz et de son équipe, venus de Paris pour la première fois en Suisse, a sans aucun doute participé à rendre l’événement plus passionnant encore. En effet, le maître du Kung-Fu Wushu, qui a remporté le titre de vice-champion du monde en 1993, fait preuves d’une maîtrise impressionnante de cette technique de combat qui a germé dans la Chine ancienne et qui au cours du temps s’est érigée en un art spectaculaire. « Des combats imaginés entre le maître et un de ses élèves prometteurs dévoilent l’immense précision qui sous-tend ces mouvements d’apparence brusques mais dont l’objectif est toujours, dans le cadre de l’entraînement en tout cas, de ne pas enfreindre les règles. Le respect du codex est dans l’art martial une condition sine qua non de la victoire de combattant et c’est là que réside toute l’originalité de ces disciplines comme l’illustre aussi de façon exemplaire, le karaté qui est représenté par l’association Okinawa karate Kobudo Suisse.
Le karaté Shorin-Ryu est l’art martial de base importé de l’île d’Okinawa au Japon. C’est une méthode de combat utilisée en vue de la défense physique et surtout pour le développement du corps et de l’esprit. Le dan dirige le groupe par des ordres qui, pour le profane, sont difficiles à saisir, les élèves exécutant les mouvements en une synchronisation époustouflante. C’est plus qu’une simple technique de combat, toute une philosophie se trouve à l’arrière-plan qui permet à l’individu, par le biais de différents entraînements physiques, l’acquisition d’une maîtrise corporelle et en outre une connaissance approfondie de son fort intérieur. Les Katas, exercices indispensables au préchauffement du corps et de l’esprit, sont accomplies avec une précision remarquable par les élèves, qui possèdent le grade de ceinture noire. Briser une planche de bois contre le corps d’un adversaire permet à chaque élève de mesurer ses forces et lui fournit en même temps une preuve du stade auquel il se situe. La présentation ne manque pas de susciter l’engouement du public qui reste impressionné par le déploiement instantané de la force physique.
Parmi les grands représentants figure naturellement aussi l’art martial japonais, l’aïkido. Un art dont la tradition relève des anciens samouraïs et où il s’agit d’unifier les énergies corporelles et mentales pour mener l’adversaire à la chute. Outre des exercices en parfaite harmonie, c’est naturellement la présence du sabre qui doit être mentionnée en particulier. La maîtrise du sabre relève elle aussi d’une immense précision de la part du combattant, car pour être efficace en situation de combat, tout un travail préliminaire sur les mouvements du corps s’impose. L’objectif ultime que cette discipline s’assigne est de réaliser l’unité du corps et de l’esprit, de l’être humain et de son univers.
Dans l’extrême diversité des arts martiaux représentés tout au long de la soirée, on trouve à côté des grands traditions chinoises et japonaises, aussi toute une série de « disciplines hybrides » puisant chacune dans l’un ou l’autre des éléments techniques. Ces arts martiaux dits nouveaux sont assez récents et constituent des application de combats, adaptées à la modernité dont le Vale-Tudo en constitue un exemple. Ce sport d’origine brésilienne, dont l’existence se résume à une vingtaine d’années seulement, est un dérivé du combat de rue et recherche avant tout l’efficacité dans le corps à corps et le combat au sol. Il s’agit d’une combinaison entre différentes techniques dont l’origine relève de la boxe et du kick-boxing, du judo et du jiu-jitsu brésilien.
Le Sambo qui se déclare « sport de l’an 2000 » est un art martial « répondant aux attentes de notre époque ». Une adaptation moderne qui représente environ 5000 techniques puisant dans les enseignements traditionnels pour faire une synthèse à la fois des pratiques d’auto-défense et de combat.
Certes, il ne s’agit ici que d’un bref aperçu des innombrables représentants des arts martiaux tout à fait fascinants qui ont défilé sur scène lors de ce 2è gala qui mérite qu’on lui porte une attention toute particulière. Mise à part les « petites pannes des présentateurs » qui perturbaient parfois un peu l’atmosphère sinon empreinte de ferveur, la soirée était sans aucun doute un grand succès et le public n’a pas manqué de manifester son enthousiasme par de nombreux applaudissements. Reste à souligner que la combinaison entre arts martiaux plus traditionnels et arts martiaux dits modernes était tout à fait intéressante bien que la fascination exercée par les disciplines anciennes l’ait certes emporté sur le reste. Le rayonnement mystique et spirituel que dégagent ces disciplines permet à tout un chacun de se plonger dans la Chine ancienne plutôt que de songer aux violences qui traversent nos propres sociétés contemporaines et contre lesquelles des techniques efficaces mais moins harmonieuses s’imposent.